Correspondante de France 24 au Bénin, Emmanuelle Sodji serait licenciée à la suite d’un différend portant sur la publication, le 18 août 2026, d’une information relative à l’inculpation de deux journalistes français détenus au Togo. Le SNJ-CGT de France Médias Monde conteste cette décision et demande son annulation.
L’affaire suscite une vive réaction au sein de la rédaction de France Médias Monde. Dans un communiqué daté du 29 août 2026, le SNJ-CGT dénonce la décision prise à l’encontre de la correspondante de France 24 au Bénin, estimant qu’elle sanctionne un comportement qui, au moment des faits, ne contrevenait pas à une consigne éditoriale.
Au cœur du différend se trouve un message publié par la journaliste le 18 août 2026, dans lequel elle relayait l’inculpation de deux journalistes français détenus au Togo. Selon le SNJ-CGT, cette information était déjà publique au moment de sa publication.
Le syndicat s’appuie notamment sur un communiqué de la Haute Autorité de régulation de la communication (HARC), publié le 19 août, qui confirmait que l’information circulait déjà « depuis mardi 18 août » dans plusieurs médias et sur les réseaux sociaux.
Pour le SNJ-CGT, Emmanuelle Sodji n’aurait donc pas révélé une information confidentielle. « Reprocher à notre consœur d’avoir enfreint une règle qui n’existait pas au moment des faits revient à sanctionner rétroactivement un comportement qui était, à l’instant T, conforme aux pratiques de la profession », soutient le syndicat.
Le communiqué précise qu’une consigne éditoriale demandant de ne pas révéler l’identité des deux journalistes n’aurait été adressée à l’ensemble de la rédaction de France 24 que le 19 août à 17h33, soit près de 24 heures après la publication du message d’Emmanuelle Sodji.
Un licenciement qui concerne le Togo, mais au Bénin
Le SNJ-CGT relève également une autre particularité de la décision : Emmanuelle Sodji perd sa fonction de correspondante au Bénin, alors que le différend à l’origine de la sanction concerne le Togo.
Le syndicat affirme que le travail de la journaliste au Bénin n’avait jamais été mis en cause. Il rappelle par ailleurs qu’elle avait déjà été écartée du Togo « par un simple coup de fil, sans écrit ni échange contradictoire ».
Pour le SNJ-CGT, cette situation intervient dans un contexte particulièrement tendu entre les autorités togolaises et les médias français. RFI et France 24 sont suspendus d’antenne au Togo depuis juin 2025, les autorités togolaises leur reprochant notamment des « propos inexacts et tendancieux ».
Le syndicat estime que, dans ce contexte, la sanction prise contre une correspondante risque de faire peser sur les journalistes de terrain les conséquences de tensions qui dépassent leur travail quotidien.
Le débat autour de la consigne de retrait
Selon le communiqué, après avoir reçu une demande de retrait de sa publication, Emmanuelle Sodji aurait répondu à sa hiérarchie en expliquant que l’information était déjà largement publique et que la suppression de son message ne changerait pas cette situation.
La journaliste se serait également engagée à ne plus publier d’informations de cette nature sans en référer préalablement à la direction de l’information de France 24.
Le SNJ-CGT conteste néanmoins le fondement de la sanction et invoque la jurisprudence française relative à la liberté d’expression des salariés. Il cite notamment un arrêt de la Cour de cassation du 22 juin 2004 ainsi qu’un autre du 27 mars 2013 concernant les limites pouvant être apportées à la liberté d’expression du salarié.
Le syndicat pose ainsi la question de savoir si une réponse argumentée à une demande de retrait, accompagnée d’un engagement pour l’avenir, peut constituer une faute justifiant un licenciement.
Le SNJ-CGT demande l’annulation de la décision
Face à ce qu’il considère comme une sanction injustifiée, le SNJ-CGT demande « la suspension immédiate de la décision du licenciement » et le maintien d’Emmanuelle Sodji dans ses fonctions de correspondante au Bénin.
Le syndicat réclame également des « explications écrites et vérifiables » sur les faits reprochés à la journaliste.
Enfin, il demande à la direction de France Médias Monde d’assurer la protection de ses journalistes et de ne pas faire porter aux correspondants « le poids des pressions politiques extérieures ».








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