Pour la deuxième fois en l’espace d’un mois, Jean-Pierre Fabre s’adresse directement au Président de la République, Savi de Tové. Cette fois-ci, le leader de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) convoque l’Histoire en appelant solennellement à la déclassification des archives françaises relatives à l’assassinat de Sylvanus Olympio, survenu le 13 janvier 1963.
Cette nouvelle correspondance en date du 13 janvier, date anniversaire de l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo, illustre une relation politique faite de distance idéologique, mais aussi d’interpellations répétées. Jean-Pierre Fabre, opposant historique du régime, choisit une fois encore la voie institutionnelle pour porter une revendication qu’il estime relever de l’intérêt supérieur de la Nation.
Un appel déjà lancé par Fabre en 2023
Dans son courrier, le président de l’ANC rappelle que son parti mène depuis plusieurs années une démarche visant à faire toute la lumière sur ce qu’il qualifie de « drame fondateur du mal togolais ». Il souligne notamment qu’en janvier 2023, l’ANC avait déjà appelé à la déclassification des dossiers classés secret-défense en France et ailleurs, soixante ans après l’assassinat du premier Président togolais.
Cette fois, le contexte est différent. L’année 2026 marque le 63ᵉ anniversaire de l’événement, et l’ANC affirme avoir officiellement saisi le Président français Emmanuel Macron. Mais surtout, Jean-Pierre Fabre insiste sur un point central. « La quête de vérité ne peut être portée efficacement que par l’État togolais lui-même ».
En s’adressant directement au Chef de l’État, il exhorte celui-ci à engager le Gouvernement dans une démarche officielle auprès des autorités françaises, rappelant au passage qu’en 2012 déjà, la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) avait envisagé une telle initiative, sans qu’elle n’aboutisse.
L’opposant adopte presque pédagogique, soulignant que la demande dépasserait les clivages politiques pour s’inscrire dans une logique de mémoire nationale, de justice historique et de réconciliation durable. « C’est pourquoi l’ANC se fait le patriotique devoir de solliciter la bienveillance de la plus haute autorité que vous représentez dans notre pays, en votre qualité de Chef de l’Etat et de symbole de l’unité nationale, afin que vous œuvriez à ce que le Gouvernement togolais adresse officiellement aux autorités françaises, une demande d’ouverture des archives françaises relatives à l’assassinat du Président Sylvanus Olympio, survenu le 13 janvier 1963 », lit-on dans le courrier.
« Une telle démarche, engagée avec la caution à la fois du Chef de l’Etat et du Gouvernement togolais, emporterait la conformité officielle, institutionnelle, politique et juridique, favorable à l’aboutissement de cette requête », poursuit Jean-Pierre Fabre.
2e courrier de Fabre à Savi de Tové
Ainsi se dessine, une fois encore, cette relation paradoxale entre Jean-Pierre Fabre et le Président de la République. Opposition ferme, mais reconnaissance de l’institution ; dénonciation du système, mais appel à l’arbitrage du sommet de l’État. Une dynamique faite de confrontation et de sollicitation, de défiance et d’espoir.
Un “je t’aime, moi non plus” politique, où l’opposant, tout en restant à distance du pouvoir, continue d’interpeller celui-ci sur les grandes questions de vérité, d’Histoire et de responsabilité nationale.
Pour rappel, dans le premier courrier en date du 1er décembre 2025, Jean-Pierre Fabre interpellait Savi de Tové « pour violation de la constitution controversée de la Ve République et usurpation des attributs de la fonction de Chef de l’Etat ».