Amnesty International – Dans son rapport édition 2026 publié le 21 avril, Amnesty International dresse un tableau préoccupant de la situation des droits humains au Togo en 2025. L’organisation évoque une année marquée par de fortes restrictions des libertés fondamentales, des arrestations jugées arbitraires et des violences imputées aux forces de sécurité, dans un contexte politique et sécuritaire déjà tendu.
Le rapport revient d’abord sur les évolutions institutionnelles intervenues après l’adoption de la nouvelle Constitution en avril 2024. Celle-ci a renforcé les prérogatives du président du Conseil des ministres, fonction désormais occupée par Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005. Amnesty International estime que cette reconfiguration a accentué la concentration du pouvoir exécutif.
Parallèlement, la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel a eu des répercussions au nord du pays. La région des Savanes a enregistré plusieurs attaques de groupes armés, causant la mort d’une soixantaine de personnes entre janvier et août, et entraînant des déplacements internes ainsi qu’un afflux de réfugiés.
restriction de la liberté d’expression
L’ONG souligne une restriction sévère de la liberté d’expression. Plusieurs médias internationaux, notamment Radio France Internationale et France 24, sont restés suspendus à la fin de l’année sur décision de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), qui les accuse de diffusion d’informations jugées inexactes.
Des incidents visant des journalistes ont également été signalés. Une correspondante de TV5 Monde a notamment été arrêtée en juin alors qu’elle couvrait une manifestation, puis contrainte d’effacer ses images. En outre, des perturbations de l’accès à Internet, particulièrement sur les réseaux sociaux, ont été observées entre juin et septembre.
Le rapport révèle plusieurs cas d’arrestations qualifiées d’arbitraires visant des artistes, militants et figures publiques. Parmi eux, l’artiste Honoré Sokpor, interpellé pour un poème critique publié sur les réseaux sociaux, ou encore le chanteur et activiste Aamron, arrêté à deux reprises en 2025.
Deux membres du mouvement citoyen « Tournons la page », Armand Agblézé et Oséi Agbagno, ont également été arrêtés en août en lien avec des manifestations prévues. De son côté, l’ancienne ministre de la Défense, Marguerite Gnakadé, était toujours en détention à la fin de l’année pour avoir dénoncé la gouvernance du pays.
Amnesty International rapporte une multiplication des manifestations en juin, notamment contre la vie chère, la réforme constitutionnelle et les restrictions des libertés. Ces mobilisations ont été régulièrement interdites ou dispersées.
L’organisation évoque une répression particulièrement violente à Lomé entre le 26 et le 30 juin 2025, avec des témoignages faisant état d’usage excessif de la force, de mauvais traitements et d’arrestations massives. Au moins 81 manifestants auraient été interpellés début juin.
Des organisations locales ont également signalé la mort de plusieurs personnes, dont certaines retrouvées dans des plans d’eau, dans des circonstances troubles. À ce jour, aucune avancée notable n’a été rendue publique concernant les enquêtes annoncées.
Quatorze personnes arrêtées lors des manifestations des 5 et 6 juin 2025 affirment avoir subi des actes de torture en détention, certificats médicaux à l’appui. Selon Amnesty International, les plaintes déposées n’avaient toujours pas donné lieu à des investigations à la fin de l’année, ce qui alimente les préoccupations sur l’impunité.
Malgré ce tableau globalement critique, le rapport note un point positif : la promulgation en avril d’une loi sur le changement climatique. Celle-ci prévoit des mécanismes visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre et à mieux encadrer les activités humaines ayant un impact environnemental.
Amnesty International appelle à des réformes urgentes
Au terme de son analyse, Amnesty International appelle les autorités togolaises à ouvrir des enquêtes indépendantes sur les allégations de torture, à garantir les libertés fondamentales et à mettre fin aux pratiques de répression des voix dissidentes.
Ce rapport vient ainsi raviver le débat sur l’état des droits humains au Togo, dans un contexte où les tensions politiques et sociales demeurent vives.