Togbui Dagban-Ayivon a livré une analyse sévère de l’état de l’opposition togolaise. C’était à l’occasion de la célébration du 35ᵉ anniversaire du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) le 30 avril dernier à Lomé où il était invité en tant qu’ancien membre du parti. Le chef traditionnel, estime que les méthodes traditionnelles de contestation ont montré leurs limites et appelle à une profonde remise en question des stratégies de lutte.
S’adressant aux membres du parti, Togbui Dagban-Ayivon n’a pas mâché ses mots en évoquant ce qu’il considère comme l’essoufflement de l’action politique de l’opposition. Selon lui, les mobilisations de rue et les marches ne constituent plus aujourd’hui des leviers efficaces pour obtenir des changements politiques.
« Si vous comptez sur les marches, les mobilisations, vous allez marcher jusqu’à vous corrompre même, vous n’aurez aucun résultat. Il va falloir inventer de nouveaux repères. Il va falloir revoir la dynamique », a-t-il déclaré devant les participants.
Une opposition accusée de rechercher la subsistance
Pour l’ancien cadre du CAR, les acteurs politiques qui continuent de reproduire les recettes du passé s’exposent à des échecs répétés. « Si vous voulez calquer encore la lutte sur les anciennes dynamiques, vous allez rester là-bas, disons, insipides. Vous n’aurez aucun effet », a-t-il insisté.
Au-delà de la critique des stratégies de mobilisation, Togbui Dagban-Ayivon a dressé un constat particulièrement dur sur l’évolution de la classe politique se réclamant de l’opposition. « Aujourd’hui, pour moi, il n’y a plus d’opposants réels. Les gens négocient leurs activités politiques. Les gens se sont inscrits dans le système pour au moins s’offrir quelques pécules et subsister », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette situation expliquerait certaines contradictions observées dans le paysage politique togolais. « C’est pourquoi des gens se sont faits élire sur la liste du chef de l’État, mais se réclament toujours de l’opposition. C’est dommage », a-t-il regretté, appelant à davantage de cohérence et d’« honnêteté intellectuelle ».
Le chef traditionnel estime que les repères idéologiques se sont brouillés au point qu’il devient difficile d’identifier clairement les positionnements politiques des différents acteurs. « Nous ne connaissons plus les couleurs réelles de nos amis », a-t-il lancé.
« La rue n’est plus la pression », selon Togbui Dagban-Ayivon
Revenant sur les années de manifestations politiques qui ont marqué le pays, Togbui Dagban-Ayivon considère que l’expérience a démontré les limites de la pression populaire exercée à travers les marches. « Les contextes ont changé. Il faut chercher d’autres moyens de pression. La pression de la rue ne peut plus réussir », a-t-il soutenu.
Pour étayer son argumentation, il a rappelé les longues périodes de manifestations organisées dans le pays sans résultats tangibles selon lui. « Pendant cinq ans, les gens marchaient dans ce pays chaque semaine. On les encadrait. Ça n’a rien donné », a-t-il affirmé.
L’ancien cadre du CAR estime ainsi que les acteurs politiques opposés au pouvoir doivent impérativement repenser leurs méthodes d’action et imaginer de nouvelles formes de mobilisation adaptées au contexte actuel. Sans dévoiler publiquement les alternatives qu’il envisage, il a toutefois insisté sur la nécessité d’une réflexion approfondie pour sortir de ce qu’il considère comme une impasse stratégique.





