Il fallait voir la scène pour y croire. À l’Institut français du Togo (IFT), certains candidats ne sont plus venus simplement s’inscrire à un examen. Non. Ils sont venus… camper.
L’objet de toutes les convoitises ? Le TCF Canada (Test de connaissance du français), un examen officiel exigé par les autorités canadiennes dans de nombreuses procédures d’immigration. Pour des milliers de candidats, obtenir une bonne note à ce test constitue une étape essentielle vers un projet d’études, de travail ou d’installation au Canada. Autant dire qu’une place pour passer le test est devenue presque aussi précieuse que le visa lui-même.
La veille déjà, des compatriotes avaient pris position, comme s’il s’agissait d’acheter les derniers billets pour la finale de la Coupe du monde. Les plus optimistes sont arrivés à 5 heures du matin. Erreur de débutant. À leur arrivée, ils découvrent qu’il y a déjà des centaines de personnes. Pendant que d’autres, plus expérimentés dans l’art des files d’attente togolaises, avaient pris leurs quartiers depuis 2 heures, 3 heures… voire la veille.
Une scène qui rappelle de vieux souvenirs à tous ceux qui ont connu les inscriptions à l’Université de Lomé. Tu pensais être matinal ? Tu arrivais à l’aube avec la satisfaction du devoir accompli. Puis un étudiant, très calme, t’annonçait : « Grand, tu es en retard. Prends taxi-moto 100 fcfa pour retrouver la fin de la queue »
Le plus ironique dans l’histoire ? L’IFT ne disposait que de 312 places. Pourtant, plusieurs centaines de candidats se sont présentés, convaincus que leur avenir se jouait ce samedi-là. Résultat : bousculades, revente de tickets, tensions et problèmes de sécurité. Il ne manquait plus qu’un arbitre et un commentateur sportif pour couvrir l’événement.
L’Institut français du Togo suspend les inscriptions
Face à cette démonstration spectaculaire de la soif de départ vers le Canada, l’Institut français du Togo a préféré tirer le frein d’urgence. Les modalités d’inscription sont suspendues, tout comme les sessions du TCF prévues d’octobre à décembre, le temps de mettre en place un système plus sûr, plus juste et plus serein.
Au-delà de l’anecdote, cette ruée raconte quelque chose de plus profond : le Canada est devenu, pour de nombreux jeunes Togolais, le symbole d’un avenir meilleur. Et lorsque des centaines de personnes passent une nuit entière devant un centre culturel dans le seul espoir d’obtenir le droit de s’inscrire à un examen, c’est sans doute le signe que le problème dépasse largement la simple organisation des inscriptions.
En attendant une nouvelle procédure, une conclusion s’impose avec un sourire amer : au Togo, obtenir une place pour s’inscrire au TCF semble parfois plus difficile que réussir le TCF lui-même.





